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Indigné.e.s par la récupération de la mémoire de Clément au service des mensonges éhontés de Zéro Macho, nous nous associons à cette réponse impulsée par le Pink Bloc Paris et le STRASS, syndicat du travail sexuel. Absent.e.s de la Foire à l’Autogestion au moment des faits, nous sommes pleinement solidaires des camarades qui y ont fait face à Zéro Macho.

LA LUTTE CONTRE LES PUTES : JUSQU’OÙ ?

Par le Pink Bloc Paris, Solidaires Etudiant-e-s Sciences Po, et le STRASS

Ce texte est une réponse au communiqué écrit par Zero Macho suite à notre altercation avec eux lors de la Foire à l’Autogestion, le 9 Juin 2013. Il vise, face à la diffamation dont se rendent coupables ces hommes « fiers de ne pas être clients », à donner notre propre version des faits afin d’éclaircir les choses en les replaçant en contexte.

Pourquoi nous avons contesté la présence de Zero Macho ?

D’une part, nous estimons que l’association Zero Macho, dans ses principes mêmes (dire aux hommes de ne pas recourir aux services des travailleurSEs du sexe, pour le bien-même de celleux-ci, et promouvoir l’idée de pénaliser les clients) sont incompatible avec une démarche féministe émancipatrice autogestionnaire : Zero Macho, groupe d’hommes, agit en effet au nom des femmes travailleuses du sexe, en adoptant la posture du « chevalier blanc », paternaliste au possible, tout en demandant parallèlement à l’Etat d’assurer un rôle répressif et donc de s’immiscer dans la vie des femmes : il n’y a absolument RIEN d’autogestionnaire dans cette démarche.

D’autre part, au delà de la forme même de leur action, les discours que véhicule Zero Macho sont particulièrement stigmatisants à l’égard des travailleurSEs du sexe, ce qui apparaît lors d’un simple et rapide parcours de leur site internet :

– parmi les témoignages d’hommes ayant signé leur manifeste: « aller voir une prostituée, c’est se souiller moralement et physiquement, c’est être aussi un homme inférieur, qui n’est pas capable de relations « normales » ;

– dans leur FAQ : « Si ces personnes doivent renoncer à la prostitution, ne tomberont-elles pas dans une situation bien pire après ? – « Pire que de se laver le cul dix fois par jour avec du savon antiseptique ? Pire que de se faire éjaculer dessus par des inconnus ? Pire que de se faire tabasser par son mac ? Et tiens, au fait : pourquoi « pute » est une insulte ? »

Les exemples de tels propos articulant sexisme et mépris de classe fleurissent hélas à chaque page : la forme qu’a pris l’altercation que nous avons eue avec eux n’est donc pas pour nous étonner, mais dans la mesure où elle constitue une dangereuse mise en actes de ces discours, elle se doit d’être dénoncée.

De la contestation d’une oppression à l’assimilation des putes à des meurtrières fascistes.

Nous étions donc plusieurs putes et alliées féministes à être très mal à l’aise face à la présence de cette association. Pour autant, après quelques jours particulièrement durs et éprouvants pour nous (le meurtre de Clément, camarade de lutte, venant cristalliser les multiples agressions sexistes, homophobes, islamophobes, racistes, putophobes que nous subissions depuis des mois) nous nous sommes d’abord retenues d’aller les voir : si nous nous sommes rendues à cette foire à l’autogestion, c’était pour tenir des stands , notamment celui du Pink Bloc, et aider à assurer le service d’ordre de l’événement, suite à des menaces de la part de Civitas.

Nous n’avions donc pas comme première réaction d’aller les voir. Puis une femme est venue nous rencontrer sur le stand du Pink Bloc, nous racontant qu’un des hommes qui s’occupent du stand de ZeroMacho l’a alpaguée et a commencé à lui expliquer la lutte contre le système prostitueur, que les putes qui pensent sérieusement vouloir faire ce métier sont en fait des filles aliénées dont la plupart ont subi des violences sexuelles petites, etc. Bref, discours habituel qu’on retrouve sur leurs tracts et leur site ; sauf que la femme en question n’avait rien demandé : l’interpellation d’une femme par des hommes lui expliquant ce que vivent les femmes était déjà en soi un procédé plutôt discutable : s’ils voulaient parler des putes, alors on était là, ils n’ont qu’à nous envoyer les personnes au lieu de s’exprimer à notre place en relayant des clichés sexistes.

L’une de nous décide donc d’aller au stand de ZeroMacho, et prend un de leurs tracts qui vante les mérites de la masturbation par rapport à la prostitution, puis leur demande, plutôt gentiment (voire suavement) :

« Bonjour, je ne comprend pas bien là… pour moi la masturbation et le fait d’aller voir des putes, c’est deux choses différentes, non ?

– …

– ah, mais excusez-moi, je suis impolie, je ne me suis pas présentée. En fait, moi je suis pute. Vous n’avez pas l’air de tellement nous apprécier ici. »

Evidemment, l’homme assure qu’il n’a rien contre les prostituées, et, étrangement, ne tient plus le même discours à une pute qu’à la jeune fille qu’il a abordée tout à l’heure. A la pute, il ne lui explique pas qu’elle est aliénée et qu’elle a été forcément violée quand elle était petite pour en arriver là. Le discours est tout de même condescendant, plein de pitié, se veut éducatif. Homme blanc, cis et éduqué, viens donc remettre la petite gouine qui se prostitue sur le droit chemin ! Un paternalisme auquel on est hélas habituées. Le ton monte donc assez vite, sur la base d’un échange vide :

– nous on ne lutte pas contre les putes, on lutte contre le système prostitueur (argument apparement « choc » puisqu’on a dû l’entendre au moins 50 fois)

– bien sûr que vous luttez contre les putes, puisque vous optez pour des solutions répressives qui les ségréguent, les isolent, les contaminent, les tuent 

– non pas du tout

Fin de la conversation (Monsieur blanc cis et bourgeois serait-il à court d’argument ou sait-il aussi bien que nous que, face à nous, il ne tient pas la route?)

Une deuxième travailleuse du sexe arrive, et dénonce également la présence de cette association. Le mec de Zero Macho pose alors sa main sur son épaule, pour la calmer, ce qui fait encore monter le ton : certes, cette asso réclame le droit de pouvoir toucher les femmes GRATUITEMENT, mais en tant que putes, en tant que femmes, nous prenons assez mal lorsqu’un mec décide de nous toucher sans notre consentement.

Puis une femme du stand zéro-macho intervient, et nous explique qu’on peut faire ce qu’on veut dans notre vie sexuelle, du moment qu’on ne se fait pas payer. Ah oui ? « Ce qu’on veut » ? il aurait été plus juste de dire en ce cas « ce que l’on veut bien que vous fassiez »… la liberté de choix des individus doit donc rester sous conditions, et ces conditions ce sont les leurs.

Puis une troisième pute intervient et déchire leurs tracts. Le ton continue de monter, les membres de Zero Macho invoquant la « liberté d’expression », celle d’avoir des « opinions différentes » (aaah cette fameuse liberté d’expression que l’on aime tant invoquer lorsqu’il s’agit de défendre le droit de stigmatiser des minorités …).

Le ton monta petit à petit, et la configuration de l’altercation révéla de plus en plus clairement la nature profondément sexiste de l’oppression putophobe. S’il est toujours difficile de faire un récit de ce genre de scènes, qui se passent toujours très vite, (même si l’altercation en l’occurrence a duré une bonne demie-heure), on peut cependant lister certaines tendances dans la forme qu’elle a prise et les propos qu’on a pu y entendre :

  • Appropriation de l’espace par les dominantEs : en moins de quelques minutes, nous nous sommes retrouvées à 4-5 travailleuses du sexe et alliéEs trans’, gouines et féministes, face à une quinzaine de personnes, en grande majorité des mecs, cis, blancs, qui nous encerclaient, essayant de nous éloigner, nous proposant de résoudre le conflit « dehors », quand ce n’était pas en nous disant explicitement de « dégager » car nous n’avions « rien à faire ici ». A Zero Macho, on défend les putes, mais on refuse donc de partager un espace avec elles.
  • Appropriation de nos corps : il apparut assez vite que la « liberté d’expression » défendue par Zero Macho et leurs alliéEs incluait également l’expression physique de leurs idées : nous fûmes petit à petit repousséEs, touchéEs, entravéEs dans nos mouvements, jusqu’à ce qu’une personne saute sur une travailleuse du sexe, en lui hurlant qu’elle était « une horreur » et en l’étranglant pendant quelques secondes.
  • Injonction au silence et invisibilisation: « taisez-vous », « vous ne représentez personne », « vous n’êtes qu’une minorité »
  • Insultes révélatrices d’un système de domination : Au fur et à mesure de l’altercation, les positions brutes, véritables et décomplexées des Zéro-Macho et alliéEs ont été révélées. Ainsi, nous avons entendu des propos tels que : « de toutes façons vu ta gueule, ça m’étonnerait que tu sois pute », « t’as un problème avec tes neurones », « vous êtes enragées / malades / dégoûtantes/ horribles» etc.
  • L’alliance inconditionnelle des dominants : Différents hommes, dont certains organisateurs de la Foire, sont venus faire alliance avec Zéro-Macho, nous expliquant que la présence de ce stand avait été décidé en AG, et que nous devions respecter cette décision (l’avis des putes n’avait à aucun moment été sollicité). C’est là une curieuse vision de l’autogestion. Un groupe minoritaire et discriminé n’aurait ainsi pas le droit de se sentir oppressé et de s’insurger contre la présence de ses oppresseurs, à partir du moment où cela a été « acté » (et de quelle façon ? quelle était la représentation des femmes/gouines/trans dans cette AG ? en tous cas, aucune travailleuSE du sexe n’était présente). Un des organisateurs s’est permis de comparer les putes à l’entreprise EDF : « vous comprenez, s’il y a un stand contre le nucléaire, et que des employés d’EDF viennent à la Foire et que cela ne leur convient pas, on ne va pas enlever ce stand pour eux ». Certes, nous savons que nous sommes des bombes nucléaires, mais comparer les travailleurSEs du sexe, victimes de la pire des discriminations, précaires, isoléEs, à un géant de l’énergie capitaliste, c’était une provocation de taille, inacceptable. De la même façon, une personne s’est permis de nous dire que nous étions un groupe de libérales violentes, opposées aux (gentils ?) libertaires. Violentes, oui, nous pouvons l’être dans nos propos, en réaction à la violence de terrain quotidienne, physique et psychologique, que nous endurons, violence perpétuée par des privilégiéEs pleinEs de bonnes intentions à notre égard et qui se contrefoutent totalement de la réalité de nos conditions de vie. Libérales, c’est tout ce que nous ne sommes pas: nous refusons l’Etat, l’oppression policière, nous défendons l’autogestion (véritable) et le droit fondamental des personnes à effectuer le travail qu’elles/ils souhaitent et à disposer librement de leurs corps. Nous sommes pour que les putes puissent s’organiser entre elles et avoir les mêmes droits sociaux que touTEs. La morale, le rejet de l’autre, le non-respect des identités, l’usage de forces oppressives, ce n’est pas de notre côté qu’on les trouve.

Alors malgré ce récit, nous ne voulons pas nous poser en victimes ; nous reconnaissons avoir très vite laissé tomber l’option « débat calme et serein », avoir déchiré leurs tracts, crié, participé à l’échange d’insultes… Si nous tenons à dénoncer ces agissements, c’est surtout parce qu’ils sont assez révélateurs des mécanismes actifs dans les « débats sur la prostitution » : invisibilisation de la parole des femmes considérées comme minoritaires, préjugés sexistes, appropriation du corps des femmes.

Par ailleurs, nous avons voulu répondre au communiqué de Zero Macho : pour donner notre version des faits, d’abord. Mais aussi, parce que malgré de nombreux commentaires envoyés sur leur site ou leur page Facebook, ceux-ci n’ont pas daigné nous répondre. Solidaires Etudiant-e-s science po, notamment, leur a demandé de retirer la référence à Clément, qui assimile les putes et leurs alliéEs aux meurtriers de notre camarade. Cette instrumentalisation est d’autant plus écœurante lorsque l’on sait que Solidaires étudiant-e-s, syndicat auquel était affilé Clément, s’oppose aux mesures répressives sur le travail sexuel et soutient les putes dans leurs luttes pour l’accès aux droits.

Enfin, nous estimons que ce qui s’est passé ce dimanche à la foire à l’autogestion ne peut être tu et doit nous inviter, au-delà du strict débat sur le travail sexuel, à être prudentes face à toute récupération masculiniste de nos luttes :

Pas de machos dans nos quartiers, pas de quartier pour les machos !

Pink Bloc Paris, Solidaires Etudiant-e-s Sciences Po, STRASS

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Une réflexion sur “LA LUTTE CONTRE LES PUTES : JUSQU’OÙ ?

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