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Pourquoi avons-nous co-organisé l’Israeli Apartheid Week à Sciences Po ?

Pour celles et ceux qui l’auraient ratée et voudraient en savoir plus, voici le verbatim de notre intervention, justifiant la nécessité d’une solidarité syndicale et internationaliste avec les Palestinien-nes en lutte.

« Bonsoir à toutes et à tous. Je prends ce soir la parole au nom de Solidaires Etudiant-e-s Sciences Po. J’introduirai ce débat ce soir en présentant rapidement ce qu’est la « Semaine contre l’apartheid israélien », et en précisant pourquoi, en tant que syndicalistes, il nous a paru important de co-organiser cette réunion publique.

La « Semaine contre l’apartheid israélien » est une semaine internationale d’événements qui se tiennent dans des villes et des facs partout dans le monde, le but étant à la fois un but éducatif (sur la nature de l’Etat d’Israël comme système d’apartheid) et de construction de la campagne de Boycott, Désinvestissement, Sanctions qui sera présentée par Jean Guy. Cette année est la dixième année consécutive de la « Semaine contre l’apartheid israélien ». Nous nous réjouissons donc de vous voir si nombreux et nombreuses ce soir, d’autant plus que chaque année en France, des événements organisés dans le cadre de cette semaine militante sont censurés voire interdits. On se souvient de l’Université de Montpellier-3 en 2010 et en 2013, du débat avec Stéphane Hessel à l’ENS en 2011, des colloques de Paris 8, de l’EHESS et de l’IEP Lyon en 2012, parmi d’autres…

C’est donc très important pour nous, pour la liberté d’expression, de pouvoir nous retrouver ce soir à ce débat. Obtenir une salle ce soir ne s’est pas fait sans mal. Mais nous sommes là, et nous vous remercions de vous être déplacé-e-s.

Que l’Association France Palestine Solidarité organise cette conférence n’étonnera personne. En revanche, il est peut-être moins évident que Solidaires, en tant que syndicat, participe à ce genre d’événement. Il est sans doute nécessaire, avant de commencer, de clarifier notre position. Nous appartenons à une Union syndicale – l’Union syndicale Solidaires – qui a commencé il y a une dizaine d’années un important travail sur la question de la Palestine, dans une logique qui se veut à la fois syndicale et anticoloniale. Cela se traduit concrètement par l’entretien de relations avec des syndicats palestiniens indépendants, notamment avec l’accueil de syndicalistes palestiniens lors de certains congrès de Solidaires, par la formation d’un groupe de travail Palestine au sein de l’Union syndicale, par l’adoption d’une motion de solidarité lors du 4e Congrès de Solidaires, par des « voyages » plus ou moins réguliers en Palestine. Cela se traduit également par notre présence parmi les signataires de la campagne Boycott Désinvestissement Sanctions, que Jean Guy présentera – à ma connaissance, seuls 3 syndicats français sont signataires : la CNT, la Confédération paysanne et Solidaires. Le point de départ de ce travail, c’est une « mission » intersyndicale et internationaliste de 52 personnes, initiée par la CCIPPP (Campagne Civile Internationale pour la Protection du Peuple Palestinien) qui s’était rendue en Cisjordanie au printemps 2004 à l’invitation du DWRC (Centre pour les droits des travailleurs et la démocratie). Ont participé à cette mission syndicale une quinzaine de militant-e-s de Solidaires (dont des militant-es de – à l’époque – SUD Etudiant), qui ont pu rencontrer, dans toutes les grandes villes, des militant-es d’organisations syndicales, d’associations, d’ONG, œuvrant dans la société civile palestinienne. En échange, à l’automne suivant, une délégation syndicale de 10 Palestinien-nes, hommes et femmes représentant différents secteurs professionnels, a été invitée dans plusieurs villes de France à rencontrer des syndicalistes Solidaires, CGT, CNT et des militants associatifs… Depuis ce travail se poursuit. Cet engagement est la conclusion que nous tirons d’une analyse de la question palestinienne qui est, rapidement, la suivante – mais les intervenants vous en diront plus.

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Nous pensons que les ressorts du colonialisme sont nombreux : ils impliquent évidemment une domination raciale, passent également par des discours de genre/sexualité (à travers, par exemple, ce qu’on appelle le pinkwashing, c’est-à-dire la mise en scène d’un progressisme sexuel national, israélien, et la stigmatisation d’un supposé archaïsme palestinien/musulman, sur les questions de genre et sexualité). Nous pensons, et c’est là que nous situons la spécificité de notre action syndicale, que le régime colonial repose également sur une précarisation, voire une destruction, des conditions d’études, et une exploitation générale au travail. Nous pensons que l’action syndicale internationaliste est une des réponses nécessaires au colonialisme israélien, dans la mesure où ce régime repose structurellement sur une discrimination des Palestinien-ne-s  vivant dans les frontières de l’actuelle Israël (notamment, dans les faits, dans l’accès à l’emploi et aux ressources syndicales), mais aussi dans le mode de colonisation déployé depuis 1967 : après 1967, Israël s’est mis à embaucher de la main-d’œuvre palestinienne. Les Palestiniens, qui étaient des paysans très pauvres, sont alors devenus des ouvriers mieux payés et ont donc cessé de cultiver leurs terres, ce qui a permis à Israël de s’arroger le droit de confisquer ces terres. Après les accords d’Oslo, Israël a commencé à créer des zones industrielles dans les colonies. Aujourd’hui, 30 000 ouvriers palestiniens travaillent dans les colonies. Ces ouvriers sont très mal payés, un à deux euros de l’heure (quand le salaire minimum en Israël est de 4€/h), et la plupart des usines dans ces colonies sont très dangereuses pour la santé des ouvriers ainsi que pour l’environnement. 20 000 autres Palestiniens travaillent comme ouvriers agricoles dans la vallée du Jourdain, entre autres dans des palmeraies. Aucun droit ne régit le travail des Palestiniens en Cisjordanie, qui ressemble de plus en plus aux « Sweatshops » d’Extrême-Orient, ces ateliers de misères dans lesquels les employés sont exploités sans salaire minimum, sans âge minimum et sans maxima horaire. (Partout, les Israéliens bénéficient d’un même droit du travail, y compris celui d’un salaire minimum.)

Voilà quelques unes des raisons qui ont poussé Solidaires à considérer qu’une action syndicale internationaliste était nécessaire et urgente, mais nos intervenants les détailleront dans leur ensemble mieux que moi. »

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