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Une nouvelle plateforme MOOC pour Sciences Po

La société Coursera, l’une des pionnières du marché des « MOOCs » (massive open online course, ou cours en lignes ouverts et massifs), vient d’annoncer deux nouveaux partenariats en France: l’un conclu avec l’ESSEC, l’autre avec Sciences Po Paris.

Sciences Po quitte donc son précédent partenaire d’affaires, Fun (France Université Numérique), plateforme qui hébergeait les cours « Humanités scientifiques » de Bruno Latour et « Espace mondial » de Bertrand Badie. Coursera récupère ces deux MOOCs, auquel s’ajoutera désormais le cours de Patrick Le Galès, « Les villes font leur retour en ville ».

Il s’agit là ni plus ni moins que de manœuvres commerciales. La stratégie économique de Coursera vise à monnayer les inégalités symboliques qui fracturent l’enseignement supérieur (français, en particulier) : Sciences Po et l’ESSEC rejoignent ainsi le club très fermé des quelques institutions « d’excellence », HEC, Centrale, et Polytechnique, qui avaient déjà signé un accord avec ce même hébergeur.
moooooc

Si les MOOCs sont présentés comme l’outil d’une démocratisation des savoirs, cette belle façade cache des recoins sombres : l’avancée de la privatisation de l’enseignement supérieur. Rappelons que la mise en place des premiers MOOCs, en 2010 aux Etats-Unis, relevait d’une logique de rentabilité stricte : répondre à la crise économique traversée par les universités en utilisant l’enseignement virtuel comme nouvelle source de gains. Les plateformes facturent en effet l’attribution de certifications en ligne, sur laquelle les universités touchent un pourcentage (souvent faible). Dans un contexte de retrait progressif de l’Etat de l’enseignement supérieur et de la recherche, la mise en place des MOOCs est donc publiquement encouragée afin que les universités augmentent leurs fonds propres, ce qui justifierait la réduction drastique des budgets publics.

Koller, cofondatrice ce Coursera, et Mion, à la signature du contrat

Koller, cofondatrice ce Coursera, et Mion, à la signature du contrat

Déjà inacceptable en elle-même, cette stratégie est aggravée par la mise en concurrence des universités et la politique « d’excellence » : un scénario probable consiste en la monopolisation du marché des MOOCs par une poignée d’institutions d’élite, dont les cours seraient particulièrement recherchés, qui conduirait à couper les universités plus populaires de cette manne commerciale. Autrement dit, le retrait de l’Etat associé à la mise en concurrence du marché sonnerait le glas de la diversité scientifique vantée par les défenseurs des MOOCs, et mettrait en danger les cours présentiels dans les universités moins armées à la concurrence du marché.

Pour couronner le tout, la mise en place des MOOCs permet à des entreprises privées de faire leur beurre sur le dos de l’enseignement supérieur moribond : outre des droits très élevés demandés par les plateformes (en 2012, Coursera facturait 50 000$ par cours), celles-ci engrangent des revenus publicitaires et peuvent même vendre à des tiers des informations sur les étudiant.es inscrit.es en ligne.

Les MOOCs ne démocratisent pas le savoir : ils l’étriquent pour mieux le vendre. Les MOOCs ne sauveront pas l’université : ils approfondissent sa privatisation, dans la droite ligne de Pécresse et Fioraso (qui ont mené/mènent de leur côté l' »autonomisation » des universités, i.e. leur privatisation et leur organisation en marché avec la mise en concurrence via la politique « d’excellence », etc.).

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2 réflexions sur “Sciences Po rejoint Coursera, fossoyeur de l’enseignement supérieur public

  1. Pardon mais c’est quoi ces conneries ? Les cours que propose Coursera sont tous gratuits, d’oú est-ce que vous sortez vos infos ?

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